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Agropole de Kara : quand la terre devient synonyme de bonheur pour la population togolaise

Dans l’agropole de Kara, les pourcentages ne sont pas de simples colonnes dans un bilan. Ils racontent une agriculture qui gagne en productivité, en moyens et en perspectives. Depuis 2020, le premier projet d’agropole intégrée du Togo, soutenu par la Banque africaine de développement (BAD), a déployé un modèle où la production agricole n’est plus pensée seule, mais reliée au stockage, à la transformation, à la logistique et à la commercialisation.

Avec 39 Zones d’aménagement agricole planifiées (Zaap) couvrant 12 350 hectares, l’expérience affiche des résultats reluisants et un potentiel encore considérable.

Trois cultures, trois bonds en avant

Les chiffres parlent d’abord de rendement. Dans les espaces couverts par l’agropole, le maïs enregistre une progression de 122 %, le riz de 75 % et le soja de 27 %. Trois performances qui donnent une traduction concrète à l’intensification de l’activité agricole et aux différents appuis apportés aux producteurs.

Un rendement qui progresse, ce n’est pas seulement davantage de récoltes sur une même superficie. C’est aussi la possibilité d’améliorer les revenus lorsque les conditions de commercialisation sont favorables, de mieux approvisionner les marchés et de renforcer la disponibilité des matières premières destinées à la transformation.

Pour les producteurs, la productivité devient ainsi le premier levier d’une chaîne beaucoup plus vaste. Car l’agropole n’a pas été conçue pour que les récoltes s’arrêtent au bord du champ. Elle cherche précisément à faire circuler la valeur, de la parcelle jusqu’au marché.

12 350 hectares pour changer la logique agricole

Avec ses 39 Zaap réparties sur 12 350 hectares, l’agropole dispose d’une assise foncière qui lui permet d’expérimenter une autre manière d’organiser la production. Le principe est simple dans son énoncé, mais ambitieux dans sa portée : réunir, sur un même territoire, les principaux maillons d’une chaîne de valeur agricole.

Produire, oui ; mais également stocker, transformer, transporter et vendre. Cette approche rompt avec une agriculture où chaque étape peut fonctionner séparément. Elle rapproche au contraire les producteurs des infrastructures et des acteurs économiques susceptibles de donner une seconde vie à leurs récoltes.

C’est toute la philosophie d’une agropole intégrée : faire du territoire agricole non plus seulement un espace de production, mais un espace de création de valeur.

Des intrants pour faire pousser la productivité

Les performances enregistrées ne sont pas tombées du ciel. Depuis 2020, l’appui aux producteurs s’est notamment matérialisé par la distribution de 373 tonnes de semences, 5 391 tonnes d’engrais, 10 000 litres de produits phytosanitaires et 1 040 kg d’inoculum de soja.

Derrière ces volumes, il y a une réalité très concrète : donner aux exploitants les moyens d’améliorer leurs conditions de production. Les semences constituent le point de départ de la campagne. Les engrais soutiennent la fertilité et la productivité des cultures. Les produits phytosanitaires contribuent à protéger les exploitations contre certaines menaces qui peuvent compromettre les récoltes. Quant à l’inoculum de soja, il accompagne une culture dont la performance dépend notamment de la bonne fixation biologique de l’azote.

Autrement dit, l’agropole ne mise pas uniquement sur l’extension des superficies. Elle travaille également sur la capacité de chaque hectare à produire davantage et mieux.

Stocker aujourd’hui pour mieux vendre demain

Une récolte abondante peut paradoxalement devenir un problème lorsqu’elle ne dispose pas de capacités suffisantes de conservation. L’agropole a donc également investi dans le stockage avec 7 magasins d’une capacité de 350 tonnes chacun et 3 autres pouvant accueillir 250 tonnes chacun. Ces infrastructures constituent un maillon discret, mais déterminant. Elles permettent de mieux conserver les productions et offrent davantage de latitude aux producteurs et aux organisations qui les regroupent dans la gestion de leurs stocks.

Par ailleurs, la mécanisation entre dans les parcelles. 30 tracteurs, 15 tricycles et 250 pulvérisateurs ont également été remis aux producteurs. Là encore, l’effet dépasse la simple acquisition de matériel. La mécanisation peut réduire la pénibilité de certaines opérations, accélérer les travaux agricoles et permettre de traiter des superficies plus importantes dans des délais compatibles avec les calendriers culturaux.

Aussi, l’un des traits les plus significatifs du projet réside dans son impact sur les conditions de vie autour des espaces agricoles. 128 forages et 4 mini-adductions d’eau potable ont bénéficié à quelque 58 000 personnes. Autre indicateur révélateur : 4 opérateurs privés se sont installés sur 4 350 hectares de terres aménagées. Cette présence du secteur privé donne une autre dimension au projet. Elle montre que l’aménagement agricole peut aussi servir de point d’entrée à l’investissement et à la structuration de nouvelles activités.

L’agropole de Kara n’est donc pas seulement en train de faire pousser du maïs, du riz ou du soja. Elle fait pousser une autre idée de l’agriculture : une agriculture qui produit, qui conserve, qui transforme, qui attire le capital, qui crée des emplois et qui fait circuler davantage de richesse sur son propre territoire.

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