
L’intégration africaine apparaît plus que jamais comme un levier essentiel de développement. Cet enjeu majeur était au cœur de la troisième édition du forum d’affaires Biashara Afrika, tenue du 18 au 20 mai 2026 à Lomé, au Togo, à l’initiative du Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) et du gouvernement togolais. Parmi les secteurs stratégiques identifiés pour renforcer cette dynamique continentale, l’agriculture et le commerce occupent une place centrale. Véritables moteurs de croissance, ils constituent également des instruments de résilience face aux crises économiques, climatiques et géopolitiques qui secouent le monde.
Le panel consacré au thème « Agriculture, commerce et résilience : garantir l’avenir de l’Afrique dans un monde fragmenté » a été l’occasion pour les experts, décideurs et partenaires techniques d’échanger sur les défis de la souveraineté alimentaire et les perspectives de développement économique du continent africain.
Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les effets du changement climatique, les différents intervenants ont insisté sur l’urgence pour l’Afrique de renforcer ses capacités de production agricole et de consolider ses échanges commerciaux intra-africains. Les données révèlent que la croissance agricole africaine figure parmi les plus fortes du monde avec un taux oscillant entre 4 % et 4,5 % ces dernières années. Une performance portée notamment par les efforts de modernisation du secteur agricole, le développement de certaines filières stratégiques et les investissements dans les infrastructures logistiques. Ainsi, pour les panelistes, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) constitue aujourd’hui une opportunité majeure pour permettre au continent de progresser vers une véritable souveraineté alimentaire.
Cette ambition passe, selon eux, par des priorités essentielles notamment : la croissance de la production agricole, l’efficacité du commerce comme catalyseur dans la sécurité alimentaire, l’accélération de l’industrialisation des filières agricoles et l’harmonisation des normes. Un accent particulier a été mis sur la nécessité de renforcer les chaînes de valeur locales autour des produits à fort potentiel tels que le maïs, le soja, la noix de palme ou encore les ressources halieutiques.
Au Togo, plusieurs de ces filières connaissent déjà une évolution progressive. Le soja bio togolais, par exemple, s’impose de plus en plus sur les marchés régionaux et internationaux grâce à une demande croissante et à l’émergence d’unités de transformation. En 2024, la production a atteint 260 000 tonnes et la filière espère atteindre une production de 500 000 tonnes en 2026.
Au cours des échanges, le commerce agricole a été présenté comme un levier essentiel pour renforcer la sécurité alimentaire en Afrique. Toutefois, les participants ont dénoncé plusieurs contraintes structurelles qui continuent de freiner les échanges intra-africains. Parmi elles figurent les lourdeurs administratives aux frontières, les procédures douanières non simplifiées, et la connectivité entre les corridors qui entraine un retard de livraisons des marchandises.
Dans son intervention, le chargé du bureau de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) au Togo, M. Oyetounde Djiwa, a pour sa part mis l’accent sur la problématique des engrais et de la production rizicole. Selon M. Djiwa, pour fertiliser le sol, l’agriculteur en Afrique utile l’engrais chimique en moyenne environ 20 kilogrammes à l’hectare, contre près de 100 kilogrammes au niveau mondial. L’Afrique produit près de 30 millions de tonnes d’engrais globalement mais n’en utilise que la moitié, contraignant plusieurs pays à importer de l’engrais hors de l’Afrique.
Grace à l’appui de la FAO, la production togolaise de la culture est passée d’environ 85 000 tonnes à 145 000 tonnes entre 2010 et 2020. Aujourd’hui, cette production a atteint près de 230 000 tonnes. S’inscrivant dans cette dynamique, le Togo ambitionne désormais de porter sa production nationale à un million de tonnes à l’horizon 2030, une vision portée par les plus hautes autorités togolaises.
Et pour atteindre ses objectifs, le pays mise sur l’amélioration des rendements agricoles, la modernisation des exploitations et le développement des infrastructures de transformation pour renforcer la sécurité alimentaire nationale.
Les discussions avaient également mis en relief les initiatives prises par le Togo pour fluidifier le commerce agricole. Le système e-Phyto, mis en place par les autorités, a notamment été cité comme un outil destiné à faciliter les procédures phytosanitaires et à sécuriser davantage les échanges commerciaux agricoles entre le Togo et l’Europe.
Dans son intervention, Dr Gainmore Zanamwe, Directeur de la facilitation du commerce et de la promotion des investissements à Afreximbank a plaidé pour une agriculture davantage orientée vers le marché. Selon lui, la production agricole africaine doit désormais être pensée en fonction des besoins réels du marché afin de garantir sa rentabilité et d’attirer davantage d’investissements.
L’institution bancaire panafricaine s’est d’ailleurs déclarée prête à accompagner les pays à travers le financement des projets agricoles structurants avec l’accompagnement des petits producteurs.
Au terme des échanges, l’Afrique possède les terres riches, les ressources humaines et le potentiel nécessaires pour assurer sa propre sécurité alimentaire. Pour les experts réunis à Biashara 2026, le défi consiste désormais à transformer ce potentiel en véritable moteur de croissance, de résilience et de souveraineté économique pour le continent.
Par ailleurs, divers panels consacrés aux relations commerciales USA-Afrique, infrastructures et corridors de transport, paiements transfrontaliers et au marché unique africain ont meublé ce forum.




