Michel Ayitou, Jurisconsulte
Au Sénégal, la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko marque un tournant majeur dans la vie politique nationale. Le limogeage de Sonko du gouvernement le vendredi 22 mai 2026, loin d’apparaître comme un simple réaménagement politique, révèle surtout la difficulté de faire coexister durablement deux centres d’influence au sommet de l’État.
Depuis plusieurs mois, les observateurs relevaient déjà une dualité dans l’exercice du pouvoir. D’un côté, Diomaye Faye incarnait la légitimité institutionnelle du président de la République ; de l’autre, Sonko conservait une forte autorité politique et populaire auprès d’une large partie de l’opinion. Une configuration qui, progressivement, donnait l’image d’un exécutif partagé entre deux figures majeures.
Or, l’histoire politique enseigne qu’un État supporte difficilement deux voix concurrentes au sommet. Le Sénégal lui-même en a déjà fait l’expérience lors de la crise opposant Léopold Sédar Senghor à Mamadou Dia au début des années 1960. À l’époque déjà, la coexistence entre deux légitimités avait fini par provoquer une rupture décisive.
En mettant fin aux fonctions gouvernementales de Sonko, le président Diomaye Faye semble avoir voulu clarifier la chaîne de commandement politique et rappeler que la République ne saurait fonctionner avec une autorité fragmentée. Ce choix traduit également une volonté d’affirmer pleinement son leadership et d’exercer sans ambiguïté la plénitude de son mandat.
Pour autant, le départ de Sonko du gouvernement ne signifie nullement sa disparition du paysage politique. Bien au contraire. L’ancien Premier ministre retrouve désormais une liberté de parole et d’action qui pourrait renforcer encore davantage son poids dans le débat public. Sa réaction sur sa page Facebook, empreinte de calme « je dormirai le cœur léger », laisse transparaître la posture d’un homme qui se considère libéré des contraintes institutionnelles pour renouer avec le terrain politique et militant.
Cette nouvelle configuration ouvre ainsi une phase d’incertitude mais aussi de recomposition. Diomaye Faye devra désormais démontrer sa capacité à gouverner seul, à consolider l’appareil d’État et à transformer l’autorité institutionnelle en véritable maîtrise politique. Sonko, de son côté, devra prouver qu’il peut demeurer une figure centrale sans les leviers gouvernementaux.
Le Sénégal entre donc dans une séquence décisive où chacun jouera désormais sa propre partition. Entre affirmation du pouvoir présidentiel et retour de la mobilisation politique, l’équilibre des forces reste encore à construire.
Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le Pastef de monsieur SONKO a la majorité parlementaire. Dès lors, il convient de souligner que dans un régime semi présidentiel ou présidentiel, le premier Ministre est issu de la majorité parlementaire. On peut donc naïvement se poser la question de savoir qui sera désigné au sein du Pastef de Sonko pour le succéder ? Aura-t-il la confiance de l’assemblée nationale ?
Une chose paraît néanmoins certaine : un État ne se gouverne pas à deux hauteurs. Il se gouverne avec une seule voix et une seule direction politique.




