Chaque année, le nouvel an Kamit est célébré le 19 juillet. Ce qui marque le premier jour du mois de Djehouty. L’an 6263 a été célébré le 19 juillet 2026. Cette célébration symbolise la souveraineté culturelle, la reconquête des racines africaines, au-delà, la revalorisation du calendrier ancestral. A l’occasion de la célébration de l’an 6263, Dr Sodjehoun Apéti, Médecin, Gériatre, Diopien, Promoteur de la Renaissance Africaine, Doctorant en Kamitologie à l’Institut KemetMaat Cheick Anta Diop d’Abidjan, dans une interview exclusive, s’est prononcé sur l’origine africaine des célébrations festives des temps modernes. Il est revenu notamment sur le cas des nouvel an, ses fondements et enjeux épistémologiques.
Atlanticinfos : Pourquoi tant de dépenses d’énergie juste pour se choisir une date de fête de fin d’année alors que l’Afrique a beaucoup d’autres priorités à affronter ?
Dr Sodjehoun Apéti : Tout d’abord nous devons nous situer dans l’histoire la plus élaborée pour être crédible aux yeux de la communauté. Notre repère sera la civilisation de la vallée du Nil. « La civilisation de la vallée du Nil est la plus brillante que l’humanité ait jamais connue », dit souvent Dibombari MBOCK. Elle est négroafricaine comme l’a démontré Cheikh Anta Diop dans ses ouvrages, au Colloque du Caire en 1974 et dans le tome II de l’Histoire Générale de l’Afrique en répondant à la question : « Qui étaient les anciens Egyptiens ». CA Diop, théoricien de la Renaissance Africaine disait : « Aujourd’hui encore de tous les peuples de la terre, le nègre d’Afrique noire seul, peut démontrer de façon exhaustive l’identité d’essence de sa culture avec celle de l’Egypte pharaonique ». Plusieurs chercheurs dont Aboubakary Moussa Lam valident sa thèse. S’approprier ces humanités classiques de cette civilisation ayant essaimé d’autres contrées est un impératif pour la Renaissance Africaine. « L’Héritage volé » de Georges Granville Monah James en dit long. L’héritage de cette civilisation a été effacé par les idéologues racistes comme Hegel, Montesquieu, Gobineau et autres. Sans l’Afrique, l’histoire de toute société dans le monde serait tronquée sur le plan créationniste qu’évolutionniste. Nous devons reconnaitre l’évidence de la vérité pour sortir de la vanne de l’endoctrinement de plus de 2000 ans où on se meuve. Thomas Sowel, un éminent économiste afroaméricain écrivait : « Si vous voulez rendre service à quelqu’un, dites-lui la vérité, si vous voulez rendre service à vous-même, dites-lui ce qu’il veut entendre ». Ainsi, affirmer avec des preuves scientifiques à l’appui les legs de nos ancêtres à humanité ne rend service qu’à humanité comme l’affirmait Aimé Césaire à propos de C.A Diop. Dans histoire de l’humanité, chaque fois qu’un peuple a dominé un autre, sa socioculture y joue un rôle. Napoléon Bonaparte disait : « Le but de cette expédition militaire est de défendre la religion chrétienne en particulier Catholique, après la croix, ce sera le canon puis le commerce ». Il disait également : « Le rétablissement de l’esclavage en Haïti a pour but ultime d’empêcher les noirs dans la marche du monde ». C’est dire l’ampleur de l’identité socio-culturelle d’un peuple pour son affirmation dans le monde. Cheikh Anta Diop, le Tchèque Milan Hübl et Alexandre Soljenitsyne sont de cet avis. L’agenvité doit être désormais notre bâton de commande pour agir dans ce monde dit multipolaire, pour être acteurs et non suiveurs. Léopold Sédar Senghor disait : « La vraie culture est celle de l’assimilation des valeurs culturelles étrangères, mais elle est d’abord l’enracinement sur le sol natal ». La Renaissance Européenne était liée à la réappropriation de l’épistémologie gréco-romaine fille de l’égyptienne.
L’une des inventions de notre civilisation est la gestion de l’espace-temps. Nos ancêtres étaient les premiers à créer un centre observatoire d’astronomie déjà en Afrique du sud des dizaines de milliers d’années avant son apogée à Nabta playa. Ainsi les évènements stellaires se tellurisent pour régir toute leur vie. Les fêtes religieuses et civiles s’aligneront sur les évènements stellaires. C’est ainsi que le Nouvel An Africain correspondant au lever héliaque de l’étoile Sothis sera la fête agraire d’offrande des prémices de la saison passée et de consécration de la nouvelle année. La gestion espace-temps détermina les ères, les saisons, les mois, les années, les jours, les heures, minutes et autres.
Atlanticinfos : Le Togo prépare un colloque international à ce sujet, qu’en pensez-vous ?
Dr Sodjehoun Apéti : Ce colloque est venu à point nommé pour conforter la soif des africains en général et des kamits en particulier de faire le Sankofa c’est-à-dire un retour à la source pour le respect et la dignité de notre peuple. Notre voix autrefois inaudibles commence par faire écho favorable. Je disais sur un plateau qu’il suffit juste d’un stylo et d’un papier pour propulser loin cette dynamique de la Renaissance Africaine et je pense que nos ancêtres ont écouté ma voix.
Atlanticinfos : Selon toi, quel est le déclic de cette dynamique de la renaissance Africaine ?
Dr Sodjéhoun Apéti : C’est le Colloque international du Caire du 28 Janvier au 03 Février 1974 :
Le Professeur Mokhtar, Directeur Général de l’Unesco entreprenant l’écriture de l’Histoire Générale de l’Afrique en 8 volumes confia le chapitre de l’origine des anciens Egyptiens dans le tome II à CA Diop qui affirmait dans ces ouvrages antérieurs l’origine soudanaise de la civilisation de Kémet. Il déclarait : « Le Nègre ignore que ses ancêtres, qui se sont adaptés aux conditions matérielles de la vallée du Nil, sont les plus anciens guides de l’humanité dans la voie de la civilisation ; que ce sont eux qui ont créé les arts, la religion, la littérature, la philosophie, l’écriture, les sciences exactes (physique, mathématiques, mécanique, astronomie, calendrier…), la médecine, l’architecture, l’agriculture, etc., à une époque où le reste de la terre (Asie, Europe : Grèce, Rome…) était plongé dans la barbarie ». Cette assertion est confortée par celle de Volney dans son ouvrage intitulé voyage en Egypte et en Syrie : « Quel sujet de méditation de penser que cette race d’hommes noirs, aujourd’hui notre esclave et l’objet de nos mépris, est celle-là même à qui nous devons nos arts, nos sciences, et jusqu’à l’usage de la parole » ? Ainsi, CA Diop avait sollicité une rencontre des meilleurs égyptologues du moment pour débattre du sujet. Accompagné de T. Obenga, ils ont pu faire valider la thèse de l’origine nègre des anciens égyptiens et de la civilisation égyptienne (Vallée du Nil), justifiant la véracité des legs de l’Egypte antiques aux autres peuples.
Atlanticinfos : En quoi consiste la notion de temps et d’espace chez nos ancêtres africains/kamits et quelles en sont les conséquences?
Dr Sodjehoun Apéti : Nos ancêtres en tant que premiers guides de l’humanité étaient des scientifiques des premières heures et vont parvenir à explorer l’espace et le temps dans toutes leurs dimensions.
Les instruments de mesure du temps et l’espace
L’horloge solaire de Séthi 1er indiquant les 12 heures de la journée avec les 12 heures nocturnes par des relevés stellaires d’où la journée de 24 heures, de Méneptah avec la cartographie du ciel des 12 mois de l’année et le Clepsydre d’Amenemhat (horloge à eau) étaient utilisées. Un texte sacré kamit faisant l’éloge du temps fait ressortir la notion de minutes, d’heures, de quinzaines, de mois, d’années et d’éternité.
En ce qui concerne l’espace, ils étaient les premiers à mettre les sites d’observation astronomique, à nommer les cinq planètes majeurs, à identifier les astres et définir des constellations aboutissant à la détermination de couples cosmotelluriques, des ères, des cycles, des saisons et bien d’autres. Ils avaient su que la terre était sphérique et un peu aplatie aux pôles. Ils définissaient le ciel supérieur « Hérèt », le lieu des astres et le ciel inférieur « Douat » où règne Ousirê tous sous la préséance de Nout représenté sur 12 mètres sur les plafonds des temples.
Les ères et les zodiaques
Le sacré chiffre douze a permis de découper le cycle complet de précession des équinoxes de 26000 ans (25920 an en réalité) en 12 ères zodiaques ou constellations avec 2160 ans par ère. La rotation et la révolution de la terre créaient un décalage de 20,20mn/an. Ainsi, l’axe soleil/terre le 21 Mars permettait la détermination de l’ère du moment. En l’état actuel, nous sommes en train de glisser dans l’ère du verseau succédant à celle du poisson précédée par celle du taureau puis du bélier que nos ancêtres ont matérialisé pendant ces périodes de leur vie. Cet axe définissait des couples cosmotelluriques à chaque ère Poissons/Vierge, Bélier/Balance, Taureau/Scorpion, Verseau/Lion…
Les années
Seul celui qui dispose d’un calendrier structuré sait compter le temps et décide des fêtes périodiques selon NK Omotundé. On distinguait les années vagues de 365 jours avec décalage annuel de 6 heures sans années bissextiles ni mois bissextiles (mois de 30 jours et 5 jours épagomènes) jusqu’à la grande année du tour complet de l’étoile Sothis en 1461 ans. Chaque année, on célèbre le Nouvel An Idéal le 25 Décembre correspondant à la Résurrection d’Osiris après 3 jours de crucifixion (22, 23,24 Décembre) sur la Croix des 3 étoiles de la constellation d’Orion (Rois mages) avec Sirius. Le 1er Janvier appelé nouvel an chrétien, est manifestement un concept kamit retravaillé en un dieu romain Janus, biface à partir des animaux de classe royale (cas des 2 lions) tournés chacun vers les deux horizons Est et Ouest en direction du soleil levant et couchant.
Les calendriers :
Nos ancêtres utilisaient plusieurs types de calendriers mais le plus passionnant est le calendrier sothiaque de 365 jours et 6 heures sur lequel déclarait Jules César, Empéreur Romain : « C’est le seul calendrier intelligent qui est jamais existé dans l’histoire humaine », renchéri par NEUGEBAUER Otto, mathématicien et historien des sciences en ces termes « lequel à peine modifié règle toute notre vie aujourd’hui » du fait du cycle sothiaque de 1461 sans années bissextiles tous les 4 ans.
Les saisons :
Pour nos ancêtres, le temps est cyclique et non linéaire et l’année était découpée en 3 ou saisons Akhet (inondations), Peret (semences et germination) et Shemu (récoltes). La récolte et l’inondation se chevauchant à cette période, le nouvel an agraire est célébré en offrant les prémices des récoltes de l’année écoulée aux forces bienfaitrices pour bénir la nouvelle année inaugurée par l’inondation comme nous le constatons à partir du mois de juin dans nos milieux avec la crue des fleuves et nos fêtes de récoltes abusivement appelées fêtes traditionnelles.
Les mois et le calendrier
Nos ancêtres avaient les 13 mois lunaires de 28 jours encore d’actualité dans nos cultures aujourd’hui puisque les mois se traduisent par le nom de la lune dans notre socioculture. La volonté d’un équilibre cosmique a permis d’aboutir aux calendriers solaires de 30 jours de 12 mois avec les 3 saisons de 4 mois chacun. La saison Akhet est particulièrement marquée par le mois du Nétcherou de la connaissance, de la science et de l’intelligence en occurrence Djehuty ou Dzawouti en Ewé représenté par le singe cynocéphale de l’Ethiopie. Cette saison et ce mois sont marqués par le lever de l’étoile Sothis annonçant la crue du Nil pour la nouvelle année agraire.
Les jours
Ils comptent 24 heures avec 12 heures la nuit et 12 heures le jour. Cinq jours dans l’année sont nommés épagomènes et permettent de situer le Nouvel an agraire de Juillet-Août. Il importe de rappeler ici la notion des cinq jours épagomènes ou jours de naissances des cinq nétchérous.
Comme demandé plus haut, ces études astronomiques vont dicter des dates cosmotelluriques et définir des fêtes génériques et spiritoreligieuses.
Les Nouvel an Africain/kamit
L’étoile Sothis est représentée par la petite chienne d’où est tiré le nom « canicule » de la chaleur. Cette apparition était célébrée par la cérémonie nommée « Oupet renpet » soit l’Ouverture de l’Année, donc le Nouvel An célébré peu importe le type de calendrier. Cette fête se célébrait dans le mois du Dzawuti, la fête des récoltes, des semences et de la germination. Sans véritablement comprendre le fond cosmothéologique de cette fête, Jules César et surtout le pape Grégoire XIII en 1582 réforma notre calendrier pour déplacer la fête de fin d’année en fin décembre et début janvier de leur automne. Mais là encore, la mayonnaise n’a pas pris puisque nos ancêtres célébraient également le Nouvel An Idéal le 25 Décembre. A ces 360 jours, nos prêtres-astronautes ont attribué les 5 jours supplémentaires précédant Akhet à la naissance des Cinq nétchérous importants de l’Ennéade, ancêtres de la théorie créationniste kamite : Ousirê, Aséta, Souté, Nephtys enfants de Gheb et Nout ; et Hor. Le quart d’heure supplémentaire était comptabilisé pour faire coïncider l’année solaire et l’année vague chaque 1460 ans dite Année Sothiaque. Ce mythe épagomène est plagié dans le récit de Genèse biblique d’Adam et Eve.
Atlanticinfos : Comment les africains s’évertuent de renouer à cet héritage ancestral et existe-t-il des preuves socioculturelles de ces fêtes si anciennes dans nos milieux aujourd’hui ?
Dr Sodjéhoun Apéti : L’Histoire c’est comme un arbre qui tombe, il ne peut tomber sans laisser de traces et faire du bruit. Falsifier l’histoire d’un peuple n’est synonyme d’effacement d’un peuple car l’histoire est mémorisée dans le culturel et le cultuel du peuple, il le vit quotidiennement. Ainsi au jour d’aujourd’hui, nous disposons de fêtes de fin d’années célébrées par la communauté africaine d’aujourd’hui comme :
Le Kwanzaa de Kawaida du Professeur Maulena Karenga :
C’est une fête des afrodescendants du 26 Décembre au 1er Janvier pour célébrer notre culture en référence à l’Egypte Antique dont Karenga est l’architecte. Originaire de la communauté afro-américaine, Kwanzaa est une célébration panafricaine qui honore les racines africaines. Elle se fête chaque année sur sept principes représentés par sept bougies de couleur différente, piliers du Kwanzaa : umoja, kujichagulia, ujima, ujamaa, kuumba, imani et nia.
Nos fêtes annuelles dites traditionnelles
Fêtes des récoltes et de semences, elles confortent la position de CA Diop disant ceci : « Aujourd’hui encore de tous les peuples de la terre, le nègre d’Afrique noire seul, peut démontrer de façon exhaustive l’identité d’essence de sa culture avec celle de l’Egypte pharaonique à telle enseigne que les deux systèmes peuvent servir de système de référence réciproque. Il est le seul à pouvoir se reconnaitre de façon indubitable dans l’univers culturel égyptien. Il s’y sent chez lui, il n’y est point dépaysé comme le serait tout autre homme qu’il soit indoeuropéen ou sémite. Autant un occidental aujourd’hui encore en lisant un texte de Taton ressent l’écho de l’âme de ses ancêtres, autant la psychologie et la culture révélées par les textes égyptiens s’identifient à la personnalité nègre. Les études africaines ne sortiront du cercle vicieux où ils se meuvent pour retrouver tout leur sens et toute leur fécondité qu’en s’orientant vers la vallée du Nil. Réciproquement, l’Egyptologie ne sortira de sa sclérose séculaire de l’hermétisme des textes que le jour elle aura le courage de faire exploser la vanne qui l’isole doctrinalement de la source vivifiante que constitue pour elle le monde nègre ».
Atlanticinfos : Durant tout votre interview, il y a le chiffre 12 qui se répète, pourriez-vous nous en dire plus sur ce chiffre ?
Dr Sodjéhoun Apéti : La particularité cosmothéologique du chiffre 12 est si dense qu’elle peut à elle seule faire l’objet de gros ouvrages. Comme démontré dans nos écrits plus haut, nos ancêtres ont sacralisé le chiffre 12 des 12 heures de jours et des 12 heures de la nuit. Ainsi, parlaient-ils des 12 mois de l’année, des 12 compagnons d’Ousirê dans sa constellation tout comme les 12 disciples d’Horus ou du copte Isa, les 12 cadrans de l’horloge, les livres des 12 portes.
Atlanticinfos: Qui dit cosmos dit l’art exploratoire du cosmos dont le plus célèbre est AFa, qu’en est-il de ce dernier dans la socio-culture africaines/Kamite ?
Dr Sodjéhoun Apéti : Les ouvrages consacrés à cette haute science Afa (Afan, Fa, Ifa…) sont légion. Les auteurs comme HOUNWANOU, KAKPO, SOSSA, EKLU-NATTEY, AMETOKOLO sont des cas précis dans le groupe Gbe. Afa consistant à une science pour connaitre notre origine et mission terrestre est l’une des grandes inventions de nos ancêtres. Interrogeant les étoiles, les planètes, les forces cosmiques et d’autres éléments de la création, il nous donne notre mission et notre parcours selon notre origine spirituelle. Elle est réduite aujourd’hui au mécanique horoscope fascinant naïvement plein de nos frères et sœurs.
Dans notre communauté, on dit « si tu ne sais pas où tu vas, il faut savoir d’où tu viens ». Les africains doivent constater l’échec de l’assimilationnisme aveugle, multisectoriel et multiséculaire du paradigme occidental dans la société noire. Nous n’avons pas un même esprit interprétatif derrière les pratiques d’où l’impossibilité de fusion paradigmatique. Les agressions répétées depuis plus de 3000 ans, les esclavages, les colonisations et leurs tentacules actuels nous ont décentrés. Nous devons nous recentrer sur nous-mêmes en s’évadant de l’enclos épistémique dans lequel l’occident et ses pairs nous ont obligés d’être. Pour ce faire, il faut reconnaitre que nous avons été décentrés et excentrés, donc nous concentrer pour nous recentrer. L’Afrique n’est orpheline d’aucune richesse culturelle pour se prostituer dans les friperies d’envahisseurs.




